HISTORIQUE

 

L'Association Philatélique Rhodanienne, dite A.P.R., a été créée par Henri Macabiou en août 1928
(date de l'autorisation préfectorale), entouré par un petit groupe de 13 passionnés de philatélie.

Mais laissons à Henri Macabiou le soin de nous raconter l'histoire de la création de l'A.P.R. et celle
des 20 premières années à l'occasion de l'admission du 1001ème membre, Louis Chabert (telle qu'elle
a été publiée dans les bulletins mensuels n° 9 et 10 de août-septembre & octobre 1945) :

En ce temps là, en 1928, il y avait à Lyon deux sociétés groupant environ 300 membres, c'était
peu, pour la quantité de collectionneurs lyonnais. Malgré de pressantes sollicitations, ils ne se
décidaient pas à entrer dans l'une des deux sociétés, leur objection était qu'il y avait de "trop
gros collectionneurs" pour eux, petits amateurs. C'était fâcheux, car il y avait à la bourse
quelques "pirates", quelques "écumeurs".

Il ne fallait cependant pas les abandonner ces braves amis. Aussi l'idée me vint-elle de fonder
une société qui regrouperait tous ces isolés. Je m'en ouvris à M. Thouzellier, président de la
Société Philatélique Lyonnaise qui m'encouragea dans cette voie. Je les comprends fort bien,
me disait-il, que voulez-vous qu'ils viennent faire chez nous, avec de vieux "birbes" de mon genre
qui ne collectionnons que des antiquités ! Oui, que seraient-ils allé faire, ces jeunes, avec leurs
modestes collections à côté des collectionneurs de Ferdinand, de 4 de Zurich, de colombes de Bâle,
de doubles de Genève, de vues de Sydney, de premiers types de Bordeaux, de vieux Allemands ou
même seulement de non dentelés, ou dont les collections n'allaient pas plus loin que 1870 !
On aurait pu dire, philatéliquement parlant, que pour eux la terre avait cessé de tourner après
cette date.

Donc encouragé par M. Thouzellier, je parlais de mon projet et plusieurs acquiescèrent, et un soir
nous nous réunîmes au "café de la ficelle" pour jeter les bases de notre association. Il y avait une
chose qui nous embarrassait, c'était que nous n'étions pas buveurs, et malgré tout, pour payer les
frais de la salle, il nous fallait ingurgiter quelques pots.

Après plusieurs réunions, la création fut décidée, et les 13 : Paret, Frésia, Lombroso, Chrétien,
Gourdon, Longet, Vaganey, Morin, de Vaux, Jeannin, Chauvot, Mlle Bonhomme et Macabiou,
le 13 mai 1928, nous décidâmes que notre société était née, sous le titre "Association Philatélique
Rhodanienne".

C'était un coup d'audace car nous fondions notre association en fin de saison philatélique.
Pourquoi "association" ? parce qu'il y avait déjà deux "sociétés", ce qui aurait pu amener des
confusions. Pourquoi rhodanienne ? Eh bien parce que nous envisagions que notre association
devait s'étendre dans tout le bassin Rhodanien, de Genève à Avignon; je crois qu'elle y a réussi
et quoique enfant mort-né elle a joué un mauvais tour aux docteurs qui ne la déclaraient pas viable !

Et alors riches d'espoir, mais pauvres en espèces , " nous débutions avec plusieurs milliers de francs
de dettes", l'A.P.R. commença son existence. Nous lui insufflâmes notre ardeur de jeunesse et les 13
membres du 13 mai, étaient 40 (*) à la fin de l'année, 70 à la fin de l'année 1929, 82 à la fin de
l'année 1930. Enfin, le 1er mai 1931, nous fêtions en un amical banquet le 100ème membre, notre ami,
Chapier, et qu'il veuille bien excuser ce souvenir : le pauvre était au régime ! eau et pâtes !

Puis vinrent les années creuses, beaucoup de nos membres connurent le chômage, nous n'étions plus
nombreux aux réunions : comme disait Rousselle, nous n'aurions pas pu constituer deux belotes;
cependant très peu abandonnèrent la collection. Quelques-uns me disaient : quand j'ai couru toute
la journée à la recherche d'un emploi problématique et que je rentre chez moi avec le cafard, je
prends ma collection et le cafard passe. C'est donc une preuve que collectionner des timbres est
un passe-temps qui chasse les idées tristes. Et encore, après une journée de labeur bien employée,
c'est une distraction , un repos moral. Le sommeil vous oblige à tout laisser en l'état, les heures de
retour au travail font que bien souvent il faut tout abandonner sans rangement et la "bourgeoise"
vous dit que bientôt on mangera la soupe aux timbres.

Enfin le 1er octobre 1938, nous étions effectivement 156 membres. Je dis effectivement car tout
numéro devenu libre par le décès ou la démission d'un sociétaire était attribué à un nouvel adhérent :
ce sont les numéros "bis"
(sauf les 40 premiers numéros). Petit à petit les membres augmentèrent.
Cependant les évènements de 38-39, que nous avons tous à la mémoire, se firent sentir sur la philatélie.

Puis vint le tragique mois de juin 1940. De malheureux amis vinrent se réfugier à Lyon : beaucoup que
la perspective des camps de concentration, principalement Dachau et Auschwitz, de sinistre renommée
- déjà - effrayait. A tous nous ouvrîmes les portes de la Rhodanienne afin qu'ils se trouvent dans un
milieu où la solidarité et la fraternité n'étaient pas de vain mots.

Depuis notre effectif n'a fait que s'augmenter; l'essor de la philatélie à Lyon a marqué une ascendance
qui fait qu'avec les sociétés associées, la Rhodanienne n'est pas loin maintenant d'atteindre le chiffre
de 2000 membres. Et, malgré les prévisions les plus optimistes des fondateurs, la Rhodanienne a
débordé le bassin rhodanien. Elle empiète sur le bassin de la Seine et le bassin garonnais. Aussi,
pourrions-nous dire, parodiant la phrase célèbre "si la Garonne avait voulu...", mais " le Rhône a
voulu et il a pu".

Juin 40 ! L'armistice ! Plus de réunions philatéliques, les esprits sont momentanément ailleurs; déjà la
résistance naît, elle cherche sa voie. Plus de réunions régulières ? Parfait, nous en ferons quand même.
Les premiers résistants se rassemblent. Le siège de l'APR est chez le Président; en avant pour les
réunions ! ( je dois vous dire que dans ces réunions, la philatélie était le dernier de nos soucis).
Puis un jour, à la sortie de réunion - quoique sortant les uns après les autres, à quelques minutes
d'intervalle - on aperçut ou crut apercevoir quelques individus semblant surveiller quelque chose...
Les réunions cessèrent. Hélas, combien en reste-t-il de ceux qui fréquentaient nos réunions extra
philatéliques ? Puis l'occupation se fit plus dure, la résistance répondit par une organisation plus
rigoureuse. L'A.P.R. y joua son rôle. Pendant plusieurs mois, la boîte aux lettres servit pour les
services de renseignements; plusieurs fois par jour, les agents de liaison venaient déposer ou retirer
les plis, jusqu'au jour où la concierge me fit savoir qu'il y avait trop d'allées et venues dans l'allée.
Les concierges peuvent être braves, amis elles ont un défaut, celui d'être bavardes. Ne pouvant lui
expliquer le motif de ces allées et venues, il nous fallut chercher une boîte ailleurs. Dans mon cabinet
de Receveur des Postes, des chefs de service de la Résistance se rencontraient. Un receveur des Postes
ne doit-il pas recevoir chacun et quand ce Receveur se double d'un philatéliste quelle aubaine !
Les cartables de timbres étaient ouverts, pourquoi n'aurait-on pas étudié les coins datés d'après la
méthode non pas du baron de Winck, mais d'après celle du "S.R. Dupleix" ! Aussi lorsqu'un quidam
entrait dans le cabinet, il ne rencontrait que des philatélistes.

(*) en conséquence ces 40 membres seront considérés comme les membres fondateurs de l'A.P.R., tous ayant
adhéré en 1928.

Henri Macabiou est contraint d'abandonner la présidence de l'A.P.R. exclu en 1941 de toutes les sociétés
philatéliques suite aux lois de Vichy interdisant aux agents des P.T.T de participer à la gestion des sociétés
philatéliques. Il est remplacé par Claude Fontanay (sociétaire n° 26).

Comme nous l'avons vu, l'A.P.R. s'est rapidement développée sous l'impulsion de son président Henri Macabiou
et des membres fondateurs. Après quelques années difficiles, elle compte environ 900 membres en 1944,
1001 en 1945, plus de 2000 en 1946 en prenant en compte les sections affiliées. Depuis sa création l'A.P.R.
offre un service de nouveautés (longtemps dirigé par Georges Coussi sociétaire n° 86) et d'échanges ainsi
qu'une bibliothèque de prêts d'ouvrages philatéliques.

Toujours soucieuse de communiquer avec ses adhérents, l'APR adressait des circulaires à ses adhérents.
En octobre 1945, Jacques Schwartz (sociétaire n° 150) crée un nouveau bulletin mensuel dont il assure seul la
rédaction et l'expédition. On y trouve de nombreuses rubriques : articles philatéliques visant à aider les adhérents
dans leurs recherches (notamment en cette fin de période troublée tout ce qui concerne les timbres de la
Libération), chronique des nouveautés, communications du bureau, vie de l'association, aperçus du marché local.

A partir de 1948 le bulletin mensuel se transforme en page de l'A.P.R. dans la revue "L'Officiel de la Philatélie ".
En 1954 le " Monde des Philatélistes " reprend la revue " l'Officiel " et à partir de mars la page de l'A.P.R. est
insérée dans cette revue.

L'A.P.R. fait face à l'augmentation de ses effectifs, organise ses services et se mobilise contre la spéculation et pour
le retour à une philatélie saine. 1947 voit la disparition subite du Vice-président Emile Gourdon, membre fondateur
de la première heure (sociétaire n° 6) philatéliste et aérophilatéliste distingué. Il organisa de nombreuses
manifestations et on lui doit la création de la Carte du Centenaire du Facteur Rural de 1931.

En 1962, Georges Ecart (sociétaire n° 1146) devient président. Il se dévouera sans compter pendant plusieurs
années pour réorganiser et ramener l'A.P.R. dans la saine tradition amicale, aidé par le dévouement de Raymond Bigey
(sociétaire n° 1088) et André Navarro (sociétaire n° 1829).

Georges Ecart laisse le flambeau à Jean Chazalon lors de l'assemblée générale de 1969, selon ses propres paroles
parodiant Clemenceau "nul n'est indispensable, les cimetières sont peuplés d'indispensables". De nouvelles tâches
l'attendent; la liaison entre la Fédération et les sociétés philatéliques de la Région.

En 1970, Jean Chazalon ne demande pas le renouvellement de son mandat, son activité le tenant éloigné de Lyon.
Le conseil d'administration du 25 janvier 1971 nomme Daniel Roger président.

L'A.P.R. connaît des difficultés dans le fonctionnement de ses services; on cherche un local pour y rassembler
ses activités en remplacement du Café Neuf.

En septembre 1971, l'A.P.R. perd son fondateur Henri Macabiou qui décède dans sa quatre-vingt-huitième année.

1972 voit arriver une nouvelle équipe, Daniel Roger ne demandant pas le renouvellement de son mandat. Le conseil d'administration du 4 février nomme André Navarro président. André Navarro assumera cette responsabilité
pendant 28 ans.

L'A.P.R. participe activement à l'organisation du congrès de Villefranche en 1990. Mais des dissensions avec la
Fédération lui font quitter ses rangs.

Après quelques déboires (Café de la Brioche) un local pour les permanences est trouvé : Aéro-Club du Rhône
29, Place Bellecour (mai 1973), puis ce sera 10 rue François Dauphin. Enfin un local entièrement dédié aux
activités de l'A.P.R. sis au 6 rue Marcel-G. Rivière est trouvé grâce aux bons offices de Louis Decrand
(sociétaire n° 1886); il est inauguré le 1er septembre 1998.

Deux manifestations sont organisées par l'A.P.R. : le Salon des collectionneurs ( au printemps), la bourse d'échanges
(à l'automne).

Le Monde des Philatélistes cesse sa prestation de diffusion de la page de l'A.P.R. dans ses lignes. Un nouveau
bulletin semestriel est alors édité à partir de 1996.

André Navarro souhaitait depuis plusieurs années passer le flambeau de la présidence. Henri Neimark est élu
président, à l'aube du 3ème millénaire, par le conseil d'administration du 6 février 2000. Les orientations du
nouveau président :
- Faire de l'A.P.R. un lieu de rencontres,
- Elargir notre culture,
- Ouvrir de plus en plus largement l'accès de l'association aux jeunes,
- Informatiser la gestion de l'association.

La réintégration de l'A.P.R. au sein de la Fédération est votée le 24 septembre 2000, une association comme
l'A.P.R. ne pouvant plus se trouver en dehors des structures nationales. La volonté du Président est de participer
activement à ses instances.

En 2000, un nouveau local flambant neuf nous est proposé au 19 rue Peaufique. Ce nouveau local, véritable lieu
de rencontre, permet tous les dimanches ( suppression des permanences réduites) de servir les nouveautés, de
transmettre les carnets de circulations, de discuter philatélie et d'y organiser des échanges.

A l'assemblée générale du 31 janvier 2009, André Van Dooren devient président, Henri Neimark ne pouvant statutairement se représenter.

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